Karl Yala


Karl Yala ©

Karl avait huit ans quand il a foulé pour la première fois le sol phocéen. C'était l'âge de l'innocence où tout lui paraissait beau, juste et magnifique. A cette époque, avec ses yeux d'enfant venu d'un autre horizon (Congo) il ne savait pas faire la différence entre les quartiers Nord et Sud de Marseille. C’est en accédant au Lycée, en entendant Parker de zone d’éducation prioritaire qu’il a compris qu’il y avait problème. Il ne se souvient pas d’avoir fait l’école buissonnière ou trempé dans la petite délinquance; mais autour de lui, dans le quartier ou à l’école, des plaintes se succédaient aux exclusions. Sans même franchir le cap du collège, certains collègues avaient déjà abandonné l’école pour se livrer à d’autres besognes qu’ils estimaient plus lucratives. C’est dans cette atmosphère qu’il a grandi, le petit congolais venu d’une terre lointaine pour venir étudier dans un environnement calme où chacun selon ses compétences et ses capacités peut espérer se faire sa place au soleil. Après l’obtention de son bac en communication commerciale, ne sachant pas exactement où s’orienter, les épreuves de la vie ont fait place aux échecs. Il voyait sa vie sans aucun espoir d’aller plus loin malgré le sport où il excellait et ramenait des trophées à la maison, ses ambitions se sont révélées et ont pris naissance dans ces moments d’incertitude et d’égarement. Afin de fuir un quotidien qui voulait l’enfermer dans un monde sans lendemain, c’est vers la Suisse que le cri du large s’est fait entendre. Quand on sort des sentiers battus pour se frayer un chemin en terre inconnue, ça demande du courage et de la détermination. Après une formation de développeur en système de gestion et en hautes écoles de travailleur social, toujours en perpétuel questionnement sur les questions existentielles, la révélation lui est apparue en partie, en regardant une émission qui l’a fortement interpellé ! En s’inspirant de son enfance, des odeurs, des couleurs, du paysage d’ici et d’ailleurs, il s’est lancé en suivant son instinct et du jour au lendemain, ses talents de designer, styliste et de photographe ont eu raison sur le reste. Devenu créateur de modèles hors du commun, son premier défilé a été un succès salué par les médias et le public. Pour en arriver là, il a dû se faire violence, briser des barrières et s’imposer dans un univers où rien n’était gagné à l’avance. Son parcours peut sembler déroutant et atypique. Malgré les difficultés rencontrées, il n’a jamais cessé de se battre et d’explorer tous les matériaux nécessaires à la réalisation de ses chefs d’œuvre. Venu des quartiers Nord de Marseille, il peut envisager l’avenir avec optimisme et sérénité. La grandeur d’un homme se mesure par sa capacité à créer, transformer son environnement afin que le plus grand nombre d’hommes accède au bien être et à une vie meilleure pour sortir de la banalité. Karl l’a pensé, les nouvelles technologies vont lui permettre d’exposer son art et de traverser les frontières en touchant un large public venu d’horizons divers. C’est par souci d’esthétique, de plénitude et de bien être qu’il cherche à faire rêver son entourage en lui offrant un spectacle digne des grands de ce monde autour desquels il se cherche un itinéraire pour se faire un nom et pourquoi pas une renommée !